Festival du film d'Asie du Sud Transgressif - CARNET DE BORD – JURY ETUDIANTS
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CARNET DE BORD – JURY ETUDIANTS

Jour 1 – Aligarh, de Hansal Mehta

 

Regards croisés sur notre film d’ouverture Aligarh, par nos deux jurées Marianne Hillion et Gabrielle Stemmer

 

1. Aligarh vu par … Gabrielle Stemmer

 

En cette première soirée de la 4e édition du FFAST, on s’arrache le lassi à la mangue et on fait connaissance autour du buffet dans le salon de l’Arlequin. Dehors il fait froid, mais dedans les questions des spectateurs à l’acteur Manoj Bajpayee sont chaleureuses et fusent des quatre coins de la salle.

 

Sa performance dans Aligarh, premier film en compétition, est le grand atout du film, qui met en images l’histoire tragique mais vraie d’un professeur de Marathi, exclu et jugé pour ses relations avec un autre homme. Piégé par des confrères malveillants, humilié et renvoyé, le professeur Siras incarne un homme blessé qui devient malgré lui le symbole d’une lutte sociale pour la reconnaissance et l’acceptation de l’homosexualité. Si au moment où se déroule l’histoire (2010), l’homosexualité en Inde ne constitue plus un crime mais est toujours considérée comme tel, rappelons qu’aujourd’hui elle est de nouveau condamnée par la loi. On réalise dès lors l’importance politique que peut avoir un film comme Aligarh en s’attaquant sans détour un tabou de la société indienne actuelle. Loin de jouer de sous-entendus et de non-dits, Aligarh prend le risque de se confronter directement à son sujet.

 

 

Devant cette histoire d’un professeur accusé d’homosexualité et renvoyé par son université, on peut penser à un film de William Wyler, adapté de la pièce The Children’s Hour de la dramaturge américaine Lillian Hellman. Audrey Hepburn incarne dans La Rumeur (1961) une institutrice à qui l’on retire tous ses élèves après qu’elle a été accusée par une enfant d’avoir des relations « contre-natures » avec une autre institutrice (Shirley McLaine).

 

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Code Hays oblige, La Rumeur use de bien des stratagèmes pour faire accepter à l’écran cette histoire qui va à l’encontre de la morale américaine des années 50 et 60. Officiellement, le sujet du film est la vérité contre le mensonge, la réputation contre le vice – pas l’homosexualité.

 

Aussi, là où dans le film hollywoodien l’homosexualité du personnage principal ne sera jamais confirmée, où la rumeur se maintient jusqu’au bout dans son statut de rumeur, Aligarh propose le trajet inverse pour son personnage principal qui semble accepter sous nos yeux son identité. A moins qu’il ne fasse que se conformer à l’exigence sociale qui exige qu’il se déclare gay ou non-gay ? La difficulté à dire, à raconter, à nommer, est récurrente chez le professeur de langue qui, poète, préfère traduire son recueil de poésie pendant son procès plutôt que d’écouter les paroles infiniment lointaines des avocats qui s’étripent devant lui. Comme il le dit lui-même au journaliste et camarade Deepu, les trois lettres du mot « gay » ne suffisent pas à rendre compte des sentiments qui animent une vie.

 

A l’image du personnage principal qui peine à s’exprimer au micro du journaliste qui l’interroge, la narration elle-même hésite à aborder de front ce qu’il s’est passé dans cette chambre universitaire, et il faut s’y prendre à plusieurs reprises pour enfin réussir à y pénétrer au moment critique. Ce jeu de chassés-croisés parvient à rendre compte de l’épaisseur du tabou de l’homosexualité et des moyens qu’il faut mettre en oeuvre pour réussir à contourner les barrières qui l’entourent.

 

Traiter un sujet d’actualité, un tabou, un destin brisé, par le biais d’une oeuvre d’art : beau début pour un festival qui se veut politique et poétique. On a hâte d’en voir plus !

 

2. Aligarh vu par … Marianne Hillion

 

A reluctant activist (un activiste réticent), c’est ainsi que Manoj Bajpayee décrit le personnage qu’il incarne dans le film Aligarh, projeté lors de la soirée d’inauguration de la 4ème édition du FFAST. Dr. Siras semble en effet réticent à lutter pour ses droits, et son regard souvent fuyant ou résigné en dit long sur sa position ambiguë, à la fois au cœur et en marge de cette affaire juridique qui a secoué l’Inde en 2010.

 

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Surpris chez lui avec son amant par des journalistes corrompus, que l’on soupçonne d’être envoyés par l’Université d’Aligarh, le professeur de littérature marathi est suspendu de ses fonctions et convaincu par des activistes de poursuivre l’Université en justice. La scène initiale d’effraction et d’humiliation ressurgit de manière fragmentaire tout au long du film et constitue une sorte de cœur traumatique pour Dr. Siras, qui peine à rappeler les faits lors du procès.
La réticence à s’engager se double en effet d’une méfiance vis-à-vis de la parole commune. Hormis la poésie, aucun mot ne permet selon lui d’exprimer ses sentiments ou ses envies. Il n’utilise jamais le mot « gay » (« comment un mot de trois lettres pourrait-il exprimer ce que je ressens ? », se demande-t-il) et ne sait d’ailleurs pas comment l’employer : dans un passage comique furtif, il fait référence à son avocat comme « un gay » avant d’être corrigé par son ami (« he’s not a gay, he’s gay »).
L’absence de familiarité avec ce langage symbolise sa position d’outsider au sein de la communauté LGBT. S’il est exclu de la société étriquée et puritaine d’Aligarh – où sa statue de papier mâché est piétinée lorsque son homosexualité est découverte, il est aussi étranger aux milieux activistes de Delhi qui organisent des manifestations de soutien. Lors de son premier contact avec communauté gay de Delhi à l’occasion d’une soirée mondaine, sa gêne et son accoutrement désuet de professeur de littérature contrastent avec l’atmosphère festive. Cependant, le professeur se déride peu à peu et, lors d’une scène très émouvante, il récite, ivre, ses poèmes face à une audience fascinée. C’est donc par la poésie qu’un lien s’établit.

 

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La poésie tient en effet une grande place dans la vie de ce personnage solitaire, très justement incarné par Manoj Bajpayee. De nombreuses scènes le montrent seul chez lui, s’enivrant au son de la musique mélancolique de films indiens s’échappant d’un vieux magnétophone. C’est aussi dans la poésie qu’il se réfugie lors des audiences à la Cour de justice d’Allahabad. Il avoue en effet au journaliste Deepu Sebastian, devenu son ami, qu’il profite des audiences pour traduire ses poèmes du marathi à l’anglais. Il offre d’ailleurs ses poèmes traduits à Deepu, comme si la poésie était la seule à pouvoir briser furtivement l’irréductible isolement du professeur. Leur amitié donne lieu à des moments de profonde complicité qui rompent brièvement avec la noirceur du film.

 

Si le professeur accepte d’entamer une procédure judiciaire, il ne quitte donc jamais cette position de retrait. Sa défense est prise en charge par des tiers et même l’issue du procès, qui marque une victoire majeure pour la défense des droits des homosexuels, ne semble pas l’atteindre. Tout entier dévoué à la langue et à la littérature, il n’épouse pas la posture du porte-parole et n’apparaît jamais comme une figure publique. La scène finale, qui oppose son corps allongé, isolé, à la foule de partisans, voyeurs et journalistes, symbolise la solidarité, l’enthousiasme (et le scandale) que son histoire a suscités mais aussi son irréductible et magnifique isolement.

 

 

Jour 2 – Psycho Raman, de Anurag Kashyap, vu par Hugo Plassard

 

Je mange, je chie, je tue. C’est naturel pour moi » : Tout est dit. Sindhi Dalwai est un psychopathe, tueur en série, meurtrier au sang froid. Ce dernier se fait appeler Raman Raghav en référence à un tristement célèbre tueur en série, auteur de 41 meurtre. À la recherche d’un disciple à qui passer son flambeau ensanglanté, Sindhi va jeter son dévolu sur un commissaire de Mumbaï : un jeune homme de 30 ans, tourmenté par son passé qui se réfugie dans la drogue.

 

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Les deux acteurs principaux, Nawazuddin Siddiqui (Sindhi Dalwai) et Vicky Kaushal (le commissaire Raghavan), sont très précis, et dégagent une grande force intérieur. La preuve en est, les dialogues (souvent courts) et le jeu muet (souvent de rigueur), montre la profondeur des deux acteurs et leur cheminement intérieur.

 

Le film, rythmé par des éclats de violences soudains, ou de long moments maîtrisés de suspens, ne laisse aucune place à l’ennui. Les idées se succèdent sans cesse. C’est un plaisir de rester deux heures à suivre cette traque infernale. Les moment de violence sont courts, espacés et précis, ce qui les rend d’autant plus puissants et heurtants. La rareté de la violence en fait sa force.

 

Malgré tout, ce rythme effréné laisse apparaître ses défauts : la place de la compréhension du chavirement psychologique du commissaire est trop vaguement définie. Sa transformation est trop rapide, trop facile. De chenille, il devient papillon, sans passer par la case chrysalide, ou pas assez. On ne comprend pas les raisons profondes de son bouleversement.

 

Le film est quand même une belle claque, grâce au jeu très diversifié et habile des comédiens, ainsi qu’une réalisation sous haute tension ! Je conseille vivement d’aller le voir, ne serait-ce que pour vous forger votre propre avis. Car une critique ne vaut que si on peut en débattre !

 

 

Jour 3 – Kothanodi, de Bhaskar Hazarika, vu par Hugo Plassard

 

À peine le film terminé, je sors précipitamment fumer une cigarette pour me remettre de mes émotions. Tous et toutes viennent me voir en me demandant : « Alors, tu en as pensé quoi ? ». Long silence. Je n’arrivais pas à trouver les mots pour décrire ce qui venait de m’arriver. J’étais dérangé, secoué, interrogé. Ça ne m’étais pas arrivé depuis très longtemps.

 

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Quatre tableaux, quatre histoires. Celle de Tejimola, accusant la violence démente de sa belle mère, Champabati, vouée à se marier à un python, une autre donnant naissance à un fruit qui la suit partout, et la dernière dont les bébés sont enterrés vivants sur ordre de l’oncle de son mari. Quatre symboliques puissantes, quatre allégories de la maternité et de ses démons…

 

Un vrai film coup de poing qui saisit aux tripes et dont on ne ressort pas indemne. La tension était palpable dans la salle…certains se cachaient les yeux, n’osant pas faire face aux démons exposés et à le violence maternelle.
C’est d’ailleurs sûrement cela qui heurte. L’image de la mère aimante et protectrice est détruite dans la plupart des tableaux. La violence maternelle est d’autant plus dure à accepter que la mère représente dans l’inconscient collectif le pilier de l’amour familial.
Les femmes sont dépeintes comme des magiciennes ou comme de cruelles sorcières. La sorcellerie est présente dans chaque tableau, mais présentée avec un traitement réaliste des personnages. Ce qui rend ces contes plausibles et d’autant plus heurtants.

 

C’est donc un roc que lance Bhaskar Hazarika dans la mare avec cette première réalisation osée, courageuse, avec une proposition originale poussant à la réflexion et au débat. L’œuvre interpelle, bouscule et secoue les pensées des spectateurs à la sortie de la salle : C’est donc une réussite. Car l’art se doit de secouer les consciences.
Un film à voir de toute urgence…
Cette 4ème édition du FFAST est incroyable de diversité et de propositions ! Chaque film est très différent, avec des thématiques éloignées. Un point en commun : chacun est une claque cinématographique, et (connaissant très mal ce cinéma de l’Asie du Sud) je suis chaque jour surpris et enthousiasmé de ces découvertes !

 

 

Jour 4 – Soirée In bed with SRK, par Caroline Trenda

 

Ne le dites pas à mon mari, mais hier j’ai passé la nuit avec Shahrukh Khan ! Bon OK, je n’étais pas toute seule et SRK était projeté sur un écran !

 

Ainsi, le FFAST a pris l’initiative cette année d’inclure du Bollywood à son programme. Surprenant mais pourquoi pas : si les films bollywoodiens sont les films indiens qui marchent le mieux en Inde et à l’international, ils n’en restent pas moins qu’ils font partie du paysage cinématographique indien et participe à la diversité du cinéma asiatique.

 

Les oiseaux de nuit que nous sommes ont donc eu la chance de voir 2 films : Fan (2016) de Maneesh Sharma et Jab Tak Hai Jaan (2012) du regretté Yash Chopra. Retour sur 2 films bien différents

 

Fan, tout d’abord, raconte l’histoire de Gaurav Chandna, jeune delhiite propriétaire d’un cyber café qui n’a qu’une passion – ou plutôt obsession – dans la vie : la méga star de Bollywood Aryan Khanna. Cette obsession (ô doux euphémisme) est renforcée par le fait qu’il partage une certaine ressemblance physique avec la star, ce qui l’amène à se produire dans des spectacles locaux en tant qu’Aryan Khanna Junior.
Ce film remet en cause le système bollywood : des stars hyper médiatisées, qui se comportent comme des divas mais sont aussi vénérées par la foule (la scène où SRK salue la foule depuis son balcon est hallucinante, d’autant plus qu’elle est réelle) et qui peuvent être achetées pour faire la bête de foire dans des mariages et autres évènements. A travers les scandales qui touchent Aryan, le réalisateur a également essayé de montrer que les stars sont des gens comme les autres (correction : elles ont quand même une immunité qui a sauvé la carrière de plus d’une – je ne citerai pas de noms, mais Salman Khan est en tête de liste).

 

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Gaurav ne peut approcher son idole, il n’est personne. Mais en même temps, il est « un fan », il part du principe que sans lui, Aryan n’existe pas. Pour se faire remarquer, il oublie les frontières entre bien et mal mais revient brusquement sur terre quand l’homme qu’il vénère le rejette complétement en lui demandant de l’oublier.

 

Son monde s’écroule, il n’a plus de repères identitaires. Son aliénation se transforme en désir de vengeance avec pour mission de détruire la réputation d’Aryan Khanna, donc sa vie. Cela entraînera les 2 personnages à dévoiler leur part la plus sombre. C’est l’aspect plus psychologique du film, dont on aurait bien aimé qu’il soit plus approfondi. Aryan va mettre sa propre identité de star de côté pour redevenir lui-même un delhiite, ce n’est plus un rôle qu’il joue. Du moins, c’est ce que l’on croit : finalement, il ne cherche pas à comprendre Gaurav et le traite avec une distance presque méprisante, comme s’il avait à faire à un fou.

 

On regrette l’aspect trop lisse d’Aryan Khanna et on finit par s’attacher plus à Gaurav, qui nous semble plus humain par son comportement. Jusqu’au bout, il s’accroche à l’image qu’il s’est construit de son Aryan Khanna (un personnage créé à partir des films et médias mais aussi de lui-même), et semble vouloir transposer cette image de force sur le vrai Aryan. En vain. Il se suicide. Aryan revient à sa vie d’avant, mais condamné à être hanté par ce fan.

 

Vous l’aurez compris, ce n’est pas un film bollywood comme les autres. Ici, pas de musique, et la seule danse que l’on voit est un mix de plusieurs danses issus des nombreux films de Shahrukh Khan. Le film reprend en effet des éléments réels de la vie de SRK (sont inclues quelques images d’archives).
Shahrukh Khan tient à la fois le rôle de Gaurav et celui d’Aryan Khan (on saluera au passage le talent des maquilleurs et effets spéciaux, même si parfois c’est un peu glauque). Un exercice qui n’est pas facile : imaginez, une star jouer son propre fan ! Il en profite pour se moquer gentiment de son jeu d’acteur (Ah ! Les bras écartés en demi-cercle, le made in SRK).

 

On reste dans du bollywood, ne l’oublions pas, avec des courses poursuites sans fin et un sens de la géographie très particulier (les trains dans les films bollywood renversent toutes les barrières : ainsi à Londres, vous pouvez prendre un train direct pour Dubrovnik, si c’est pas merveilleux !). Bref, ce film est une (petite) avancée dans le cinéma bollywood, il propose autre chose que les scènes classiques que l’on connait. Comme le disait Manoj Bajpayee, le public indien commence à changer, lentement mais sûrement, nul doute que le cinéma Bollywood s’adaptera à ce nouveau regard pour garder ses fans. Car sans fans, le cinéma n’est rien.

 

 

Intermission : avec un quizz musical des chansons des meilleurs films de SRK. Un grand bravo à tous les participants qui répondaient en une demi seconde ! De quoi réveiller les esprits dans la bonne humeur et se préparer à un 2e film qui, pour le coup, rempli tous les critères du film bollywood classique.
Jab Tak Hai Jaan est le dernier film réalisé par Yash Chopra avant sa mort. Ce grand maître du film bollywood nous avait entre autres offert Dil To Pagal et a beaucoup tourné avec SRK.

 

 

Arrivé en 2002 à Londres, Samar Anand enchaîne les petits boulots pour survivre, apportant de la joie de vivre partout où il passe, malgré les difficultés. Son chemin croise celui de Meera, jeune femme active mais pas très heureuse. Samar et elle deviennent amis, puis amants. Mais Meera est très croyante et passe son temps à faire des pactes avec Dieu. Le jour où Samar a un accident, elle demande qu’Il lui épargne la vie, contre quoi elle promet de ne plus jamais revoir Samar. Ce dernier, cœur amer, part dans la région Jammu-Cashmir où il décide de risquer sa vie en désamorçant des bombes (tant qu’à faire sans protections) au sein de l’armée.

 

D’un type joyeux et lumineux, il devient un homme torturé mystérieux et ténébreux. Alors forcément ça fait craquer les filles !

 

Après quelques péripéties, il retourne à Londres en 2012, devient amnésique, retrouve sa belle (qui l’aime toujours mais ne peut pas rester avec lui à cause du pacte susmentionné), retrouve la mémoire, repart en Inde vexé qu’elle l’aime moins que son dieu, remet sa vie en danger et en levant le nez de sa 107e bombe, il voit Meera, qui a enfin compris et revient vers lui définitivement.

 

Un l’amour pur, des larmes, de la renonciation, de la fidélité, le tout accompagné de quelques chansons et de danses : Yash Chopra ne prend pas de risque, il sait ce qui fonctionne. Il tente la modernité en incluant des scènes de sexe et le personnage d’Akira qui assume sa sexualité et en fait la marque de sa génération où il est courant de changer régulièrement de partenaires (je vous l’avoue, là j’ai ri). Ce jeu de contrastes avec le personnage de Meera, très croyante, cherchant à satisfaire son père et la société et donc très frustrée, n’est toutefois pas neuf.

 

On constate également que Shahrukh Khan a vieilli. Jouer un jeune plein d’énergie et d’immaturité n’est plus aussi évident, et même moins intéressant pour lui. On le trouve au contraire plus à l’aise en Samar plus âgé et secret.

 

On passe quand même un bon moment, les fans inconditionnels de Bollywood y retrouvent leur compte. La cinématographie est bien travaillée. Pour finir la nuit en beauté, des boissons et des chips indiennes étaient offertes, des poches sous les yeux et des visages heureux. A défaut du vrai Shahrukh Khan, en voilà un près du feu.

 

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Jour 5 – La journée de samedi, racontée par Francesco Vivalda

 

Un samedi spécial, commencé à 5h du matin avec un thé, un lassi parfumé et une série de film prévus pour la journée qui a le pouvoir de faire disparaître le sommeil accumulé pendant la nuit « Bollywood.

 

15h : Psycho Raman

 

Dans un contexte d’une Inde dure et sans pitié, on dirait que toute la brutalité humaine nous tombe violemment dessus. Sans aucune possibilité de choix. Sans échappatoire.
Une Inde profonde, montrée dans sa réalité quotidienne, qui, à travers l’histoire compliquée d’un tueur en série et un commissaire de police hors de tout schème, déchire le consciences et les stéréotypes.
Une histoire qui montre comment la nature des actes et les complicités entre êtres humains peuvent très souvent aller au-delà des rôles que les individus occupent dans la société. Des personnages bien détaillés psychologiquement qui nous font vivre à fond leur vision de l’histoire. Images et sons très dynamiques et chargés de force.
Un ensemble de caractéristiques qui contribuent à donner au film un grand impact sur le public.

 

21h : Under Construction

 

Pour son dernier film, la réalisatrice Rubaiyat Hossain montre tout le dynamisme d’une ville et d’un pays qui ne cessent de se modifier.
De la même manière, la culture et les individus (surtout les nouvelles générations) sont piégés entre une modernité poussée aux limites de l’abstraction où il n’y a plus d’espace pour le côté humain, et une tradition qui tend à endurcir ses jugements et à manifester sa volonté parfois opprimante de garder intactes les pratiques et les rôles sociaux.
C’est dans ce cadre que la protagoniste arrive à nous montrer toutes les pressions auxquelles une femme peut être soumise. D’un côté une mère qui a du mal à reconnaître sa propre fille dans un rôle d’actrice de succès, de l’autre la personnalité très forte d’un individu qui cherche à concrétiser ses rêves et ses aspirations.
Le résultat est une tension très marquée tradition et modernité, individu autonome et famille, qui se manifeste à la fois dans la protagoniste et dans le complexe monde où elle vit.

 

 

Jour 6 – Song of Lahore, par Caroline Trenda

 

En 1977, le gouvernement pakistanais impose la charia au pays. Parmi les nombreux interdits qui apparaissent figure la musique, car considérée comme un péché. Il est alors difficile pour les musiciens de vivre, et beaucoup se convertissent en chauffeurs de taxi ou vendeurs. Un destin malheureux d’autant plus qu’on est musicien de père en fils sur plusieurs générations. Lahore était d’ailleurs un grand centre culturel et artistique depuis l’époque moghole.
Ce documentaire suit les vies de musiciens pakistanais essayant tant bien que mal de faire leur métier grâce au studio Sachal ouvert au début des années 2000 par M. Imtaz. Un rassemblement de musiciens talentueux, entièrement voués à la musique, mais qui ne trouvent pas de public au Pakistan. L’interdiction de la musique en 1977 a eu, en effet, pour conséquence la disparition d’une audience.

 

Toutefois, personne ne désespère et l’idée émerge de trouver son public ailleurs, en Europe et en Amérique. Pour cela, ils décident de se mettre au jazz, car, comme la musique classique pakistanaise, le jazz aime l’improvisation. Ils montent leur propre version de « Take Five » de David Brubeck et sont invités par le Jazz at Lincoln Center à New York pour un concert exceptionnel. Deux façons de faire la musique se rencontrent lors des répétitions : tandis que les Américains sont très carrés et rigoureux, les Pakistanais sont plus à la cool. Des deux côtés, on est tendu, mais devant le talent de chacun, les frontières disparaissent peu à peu. Le grand concert commence avec « Take Five » avec sitar et tabla (quel délice !), accompagnés par un piano. On sent nos musiciens stressés, vont-ils réussir à garder le tempo ? Est-ce que la fusion de 2 styles va être harmonieux ? La réaction du public ne se fait pas attendre, même dans la salle de cinéma on était tenté d’applaudir. Le Sachal Jazz Ensemble vient de gagner sa notoriété mondiale.

 

La première impression en sortant de la salle, c’est que c’est un film-documentaire qui rend heureux. Malgré les conflits, chacun reste positif et de bonne humeur.
Ces hommes ont vécu de dures épreuves, mais ils ont persisté car la musique est toute leur vie et estiment que leur devoir est de rendre au Pakistan sa musique. En véritables passionnés, ils nous communiquent leur enthousiasme.
Certaines scènes semblent toutefois un peu artificielles, on s’éloigne du documentaire pour de la mise en scène parfois maladroites, ce qui prête à confusion. Mais le naturel de ces musiciens pakistanais prend heureusement le dessus. Un beau film que le FFAST a bien fait de mettre au programme !

 

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Jour 7 – Television, par Caroline Trenda

 

Dans un petit village isolé sur une île au Bangladesh, son maire, Chairman Amin, veille à ce qu’aucune image, quelle qu’elle soit, ne vienne pervertir la foi et les valeurs de ses concitoyens car elles sont considérées comme un péché par l’islam. Il va même plus loin en condamnant l’imagination qui permet, selon lui, toutes sortes d’interdits. Les nouvelles technologies sont également bannies, les seules personnes possédant un téléphone portable n’ont le droit de l’utiliser que dans le cadre de leur travail.

 

Mais il est difficile d’empêcher le progrès. Chacun fait comme il peut pour apercevoir ne serait-ce que quelques minutes d’un film ou du journal télévisé. Quand Amin renforce les interdictions, son propre fils, Soleiman, gauche, trouillard et franchement bête, est poussé à aller contre ses lois pour garder le cœur de sa belle qui exige d’être connectée, comme tous les gens de son âge. Soleiman peut compter sur son bras droit, Majnu, plus malin mais malheureusement amoureux de la même femme que son patron…

 

Entre humour et sérieux, ce film aborde les sempiternels combats Tradition Vs. Modernité et Urbanité Vs. Ruralité. D’un côté, Chairman Amin souhaite préserver « l’innocence » des gens de son village. Toute sa vie, il s’est ingénié à inculquer les valeurs morales dictées par les Ecritures Saintes… d’après son interprétation. De l’autre, les villageois, particulièrement les jeunes, veulent vivre avec leur temps. Les tensions montent entre les anciens et les jeunes menés par Soleiman, jusqu’à l’altercation et finalement le retour de Soleiman dans les pantalons de son père (on avait dit qu’il était trouillard).

 

Le film est rythmé d’images magnifiques et de moments forts et se termine en beauté avec Chairman Amin, parti pour la Mecque mais finalement coincé dans un hôtel de la tentaculaire Dakka, en transe avec Allah devant la télévision qui lui rapporte les images de la Mecque

 

Il y a des tas de choses à dire sur ce film qui soulève également les problèmes (international) de la télévision-poubelle, du temps passé devant les écrans (Soleiman réussit à se procurer un ordinateur et passe ses journées à regarder des vidéos, délaissant son travail, on le voit même amorphe et bavant), du poids des anciens dans la société bangladeshie, des différences d’interprétations de textes sacrés et leurs conséquences, etc. Bref, il faudrait toute une séance de débats. Un film dense qui montre beaucoup en peu de temps.

 

 

Jour 7 – Jour Ultime – Cérémonie de clôture et projection de Joker de Raju Murugan, par Gabrielle Stemmer

 

FFAST, c’est fini. Et dire que ça venait juste de commencer.
Cette fructueuse édition 2016 aura vu récompensés 4 films. Aligarh et Under Construction terminent ex-aequo pour le Prix du jury professionnel, Song of Lahore remporte les suffrages du Prix du public Anju. Et quant à nous, nous avons décidé de remettre notre Prix du jury étudiant à Kothanodi, un premier film tout droit venu de l’Assam, par le réalisateur Bhaskar Hazarika.

 

Ce film qui mélange quatre contes traditionnels nous avait fait forte impression – comme en témoigne le compte-rendu d’Hugo (voir plus haut). Nous avons tenu à récompenser un film qui s’attache à transmettre un patrimoine culturel spécifique, une culture orale, par le biais de ce nouvel art populaire qu’est le cinéma. Nous avons voulu rendre hommage à un conte aux multiples visages et qui puise dans un fonds mythologique à la fois particulier et universel.

 

Puis les lumières s’éteignent et commence le dernier film de cette 4e édition du FFAST. Il s’agit de Joker, film tamoul du réalisateur Raju Murugan. C’est un film étonnant, d’une énergie folle. Une satire politique qui tire dans tous les coins, menée par un trio improbable de justiciers qui s’appliquent à redresser les torts de la société indienne.

 

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A leur tête, Mannar Mannan, qui s’est auto-proclamé Président de l’Inde, est un personnage haut en couleurs, frénétique, excessif et attachant. On y rit du même rire intelligent que celui suscité par Television, le film de Mostofa Sarwar Farooki (mon film favori du festival) qui portait à son paroxysme une logique intégriste absurde qui ne parvient pas à concilier religion et vie moderne. La seconde partie du film, genèse et chute de ce personnage de Pauvre Président, dénonce la corruption du régime cette fois par le biais du drame, et ça fonctionne.

 

Après le film, les spectateurs s’éparpillent, les membres de l’équipe se quittent autour d’un dernier verre. Curieux, le président du jury professionnel Vijay Singh vient nous trouver pour connaître les raisons qui nous ont poussés à primer Kothanodi. Au terme de cet échange, il demande une copie du film aux programmateurs du festival afin de revoir le film : notre mission est accomplie.

 

A l’année prochaine !
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